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	<title>le Bananier bleu &#187; Ut musica poesis</title>
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	<description>Toute l&#039;actualité du jazz en Guadeloupe...</description>
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		<title>Stanley Clarke au Centre Des Arts, ou l’inexorable montée du son</title>
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		<pubDate>Tue, 13 May 2008 00:15:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jazz]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>

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		<description><![CDATA[Un peu à la bourre, j’arrive juste à temps pour trouver la dernière place libre d’un Centre des Arts archi comble. Pendant que je me cale dans mon fauteuil, quelques regards jetés à droite et à gauche me permettent de constater qu’un bon nombre d’instrumentistes locaux avait fait le déplacement (50 euros la place tout <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/233/stanley-clarke-au-centre-des-arts-ou-l%e2%80%99inexorable-montee-du-son/">Stanley Clarke au Centre Des Arts, ou l’inexorable montée du son</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">U</span>n peu à la bourre, j’arrive juste à temps pour trouver la dernière place libre d’un Centre des Arts archi comble. Pendant que je me cale dans mon fauteuil, quelques regards jetés à droite et à gauche me permettent de constater qu’un bon nombre d’instrumentistes locaux avait fait le déplacement (50 euros la place tout de même).<br />
<span class="apparent">D</span>ans le brouhaha feutré les minutes s’égrènent, interminables. Et le public commence à manifester son impatience par des salves d’applaudissements spontanés. Réponse du berger à la bergère : les basses du maître sont amenées sur scène. Une contrebasse et la légendaire basse tenor, qui sont toutes deux accordées minutieusement et donc forcément assez lentement.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">Q</span>uelques minutes plus tard les musiciens arrivent sur scène sous les applaudissements et le soulagement non feint du public. Mr Stanley Clarke accompagné de ses  “babies”, comme il se plaît à nommer ces jeunots dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 23 ans, apparait avec sa non moins légendaire raie sur les trois quarts droits du crâne.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">L</span>e concert, ou plutôt le show débute, de façon tonitruante par un premier morceau où le bassiste s’illustre par le jeu si spectaculaire qui a fait et qui fait encore sa renommée. Solo également remarqué du batteur littéralement endiablé, qui sera d’ailleurs à lui tout seul, et par la force des choses, l’attraction du concert.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">E</span>n effet au deuxième morceau, lorsque son tour arrive de devoir s’illustrer, il fait preuve d’une telle hargne et d’un tel enthousiasme (je peux vous dire que les feuilles, les toms et la grosse caisse ont passé  une rude soirée), qu’il termine son solo en s’éjectant de son siège, et en sautant sur toute la scène, comme si il voulait se débarrasser de l’énergie du jeu qui l’habitait.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">A</span>près les frasques du batteur, le préposé aux claviers entre dans l’arène, et de fort belle façon. Originaire d’Israël, il développe un jeu dans lequel les tensions harmoniques sont amenées très subtilement, le tout orchestré comme un énorme crescendo.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">L</span>e violoniste (originaire de Brooklyn, New York, et peut-être celui dont le jeu renferme le plus de musicalité), n’est pas en reste non plus. Tenant son violon comme une guitare, il nous gratifie d’un magnifique chorus en pizzicati avec un énorme groove !</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">S’</span>enchaînent différentes compositions, dont une interprétée à la contrebasse et intitulée “Song For John”. Sur ce morceau le pianiste semble visiblement avoir un peu de mal avec le rythme, mais pas le batteur qui, cette fois-ci, “balance” littéralement son siège dans le fond de la scène à la fin de son chorus !</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">L</span>e concert se termine par l’incontournable “Schooldays” qui donne lieu à une série de duos rythmiques basse/batterie de toute beauté. Mises en place, montées en intensités éblouissantes, et une réelle connivence entre les deux musiciens, mais qui tient un peu trop ostensiblement les autres à l’écart. Pendant l’inévitable, (et interminable) nouveau chorus du batteur, une seule question venait aux esprits :”Que va t-il bien pouvoir balancer cette fois-ci?”</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">A</span>près un rappel qui ne tarda pas à faire revenir les musiciens, le quatuor entame un blues sur lequel le violoniste, qui finalement n’aura pas beaucoup joué, délivre un magnifique chorus dont les accents se rapprochent presque de la voix humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">C’</span>est par un énième duo rythmique basse/batterie que le concert se termine cette fois-ci pour de bon, applaudi par un  public visiblement enchanté.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">E</span>t en effet, les amoureux de la démonstration et du show spectaculaire à  l’américaine en ont eu pour leur argent!<br />
<span class="apparent">Q</span>ue faut-il retenir de ce concert?</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">D’</span>abord un niveau sonore à l’intérieur de la salle beaucoup trop fort (les sièges en tremblaient) ; qui a énormément nuit au confort d’écoute. Ensuite on peut regretter un manifeste appauvrissement du jeu du bassiste qui se résume à des développements harmoniques sans réelle prises de risques et se résolvant par  des ostinatos répétés qui ont souvent du mal à tenir le tempo. Heureusement que le “son”  et les breaks d’ensemble étaient là pour donner de la crédibilité à l’ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">U</span>n concert donc, qui ne restera sans doute pas dans les mémoires comme un grand moment d’émotion, mais assurément comme un vivant spectacle populaire.</p>
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		<title>Chaltouné, limyè a neg mawon</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Jun 2005 00:12:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Disques]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>
		<category><![CDATA[Guadeloupe]]></category>
		<category><![CDATA[gwoka]]></category>

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		<description><![CDATA[Christian Laviso Voilà déjà quelques temps que les rythmes traditionnels guadeloupéens semblent être un des centres d’intérêt sinon le centre d’intérêt de beaucoup de musiciens de jazz, et pas des moindres. Besoin d’exotisme ou réel engouement pour la musique des Ka, le temps nous le dira. David Murray lui n’en est pas à sa première <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/231/chaltoune-limye-a-neg-mawon/">Chaltouné, limyè a neg mawon</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_230" class="wp-caption alignleft" style="width: 360px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/img_0029.jpg"><img class="size-full wp-image-230" title="img_0029" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/img_0029.jpg" alt="Christian Laviso" width="350" height="233" /></a><p class="wp-caption-text">Christian Laviso</p></div>
<p style="text-align: justify;">V<span class="texte1">oilà déjà          quelques temps que les rythmes traditionnels guadeloupéens semblent          être un des centres d’intérêt sinon le centre          d’intérêt de beaucoup de musiciens de jazz, et pas          des moindres. Besoin d’exotisme ou réel engouement pour la          musique des Ka, le temps nous le dira. David Murray lui n’en est          pas à sa première expérience en la matière,          et en compagnie des « Gwo Ka masters » c’est plutôt          une affaire qui marche. De même les collaborations certes sporadiques          de Kenny Garrett avec Christian Laviso témoignent d’un intérêt,          ou tout au moins d’une curiosité de l’américain          pour le jeu si particulier du guadeloupéen. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">A</span><span class="texte1">vec          « Chaltouné, Limyè a neg mawon», Christian Laviso          nous livre un nouvel opus où on le retrouve en trio, histoire peut-être          de revenir à un discours plus essentiel, mais surtout, formule          qu’il privilégie depuis quelques mois. Trio donc composé          de Christian Laviso, guitare, basse, bugle (oui, oui), Sonny Troupé,          batterie, Aldo Middleton, ka, congas, percussions. S’y adjoignent          pour l’occasion Jonathan Jurion, claviers, Jean-Pierre Silver et          Yves Tholle, boula, ainsi que les voix de Lucile Kancel et de Patrice          Hulman.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">D</span><span class="texte1">ès les premiers          thèmes, on retrouve bien sur avec bonheur le jeu incisif et percutant          de Laviso ici magnifié par les frappes incandescentes de Sonny          Troupé. Ils nous emmènent tous deux sur les traces d’un          « marronnage », musical celui-là, où le guitariste          retrouve à la fois l’urgence et la gravité de cette          course qui menait, mais doit-on encore le rappeler, l’esclave épris          de liberté à fuir jusqu’au retranchement dans la forêt.          Christian Laviso pose le son de sa guitare sur un foisonnement rythmique          des Ka et de la batterie, qui nous rappelle sans cesse qu’elle n’est          pas bien loin. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">P</span><span class="texte1">ar moments le rythme          s’apaise et les voix se font entendre. « San mélé          », « Le premier jour » (Jonathan Jurion y fait une apparition          honorable), nous redisent avec sensibilité ce que nous devons à          notre histoire. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">D</span><span class="texte1">ans la dizaine de          morceaux que nous propose cet album on retrouve quelques morceaux présents          dans des réalisations précédentes, que ce soit avec          Simen Kontra ou avec Horizon. Parmi eux citons « Nikol » et          « Neg mawon » dont on peut cependant interroger la pertinence          du traitement de la matière vocale, (un peu trop zouk), et ce qu’elle          apporte réellement en terme de musicalité (sur « Nikol          » plus particulièrement). </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">L</span><span class="texte1">’album recèle          néanmoins de belles perles comme le magnifique « Swing infernal          » qui aurait pu s’appeler aussi « Groove infernal »          tant l’efficacité du thème fonctionne entre les voix          et la guitare. Guitare dont le son vire franchement au hard rock dans          ce morceau, mais avec la même lucidité et la même présence          presque obsédante qui signe le travail de Christian Laviso.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="apparent">U</span><span class="texte1">n album tout en puissance          donc. Mais une puissance gagnée sur l’efficacité du          discours et sur la force évocatrice. A mettre entre les mains de          ceux qui douteraient encore de la valeur jazzistique de la musique des          Ka.</span></p>
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		<title>Le Frère Jacques ne dort pas</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Jun 2004 00:11:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jazz]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>
		<category><![CDATA[Guadeloupe]]></category>
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		<description><![CDATA[J. Schwarz-Bart - LaKasa 2004 Cela s’impose d’emblée comme une invisible force qui puise son énergie dans le profond de la terre. Quelque chose de tellurique qui déplace des masses énormes, et qui nous place quelque part, sur la lèvre géante du cratère. Schwarz-Bart (sax &#38; vcl) n’est pas un Frère Jacques endormi. Au contraire, <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/224/le-frere-jacques-ne-dort-pas/">Le Frère Jacques ne dort pas</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_225" class="wp-caption alignleft" style="width: 360px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/2004-06-brother-jacques-04.jpg"><img class="size-full wp-image-225" title="2004-06-brother-jacques-04" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/2004-06-brother-jacques-04.jpg" alt="J. Schwarz-Bart - LaKasa 2004" width="350" height="249" /></a><p class="wp-caption-text">J. Schwarz-Bart - LaKasa 2004</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cela s’impose d’emblée comme une invisible force qui puise son énergie dans le profond de la terre. Quelque chose de tellurique qui déplace des masses énormes, et qui nous place quelque part, sur la lèvre géante du cratère.</p>
<p style="text-align: justify;">Schwarz-Bart (sax &amp; vcl) n’est pas un Frère Jacques endormi. Au contraire, il nous revient avec un jeu et une approche de la musique lucide et actuelle. Lucide parce que l’on sent bien de sa part une compréhension réaliste des enjeux de la musique jazz d’aujourd’hui ; actuelle parce qu’on le devine à l&#8217;écoute de ce qui marque indéniablement ce début de siècle, je veux parler de la montée en puissance de la valeur rythmique dans les musiques contemporaines. Non qu’elle ait été jusqu’à présent absente, mais parce qu’elle se renforce au point d’être de plus en plus la valeur de référence dans l’esthétique musicale contemporaine.</p>
<div id="attachment_226" class="wp-caption alignright" style="width: 360px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/2004-06-brother-jacques-03.jpg"><img class="size-full wp-image-226" title="2004-06-brother-jacques-03" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/2004-06-brother-jacques-03.jpg" alt="Stephanie McKay - LaKasa 2004" width="350" height="273" /></a><p class="wp-caption-text">Stephanie McKay - LaKasa 2004</p></div>
<p style="text-align: justify;">Entre R&#8217;n’B, rap et syncopes gwo-ka, &laquo;&nbsp;Brother Jacques&nbsp;&raquo; nous livre un &laquo;&nbsp;Project&nbsp;&raquo; qui, tout en reposant sur un groove puissant et quelque peu underground, cultive une certaine délicatesse dans l’exposé des lignes mélodiques. La présence de Stephanie McKay (vcl) y est pour beaucoup. Face à l’autre présence, monolithique du Brother Jacques, elle se pose avec une grâce infinie. Apportant au dessus du magma de la basse et de la grosse caisse, l’élan aérien de son corps et l’éclat cristallin de sa voix ; fragile (apparemment) mais extrêmement déterminée dans l’émission du son.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Jason Lindner (kbd) distillant ses accords extra-terrestres et Johnathan Maron (b) (&laquo;&nbsp;He looks like a french guy&nbsp;&raquo;) maintenant contre vents et marées avec Mark Colenburg (dms) un groove d’enfer, Jacques Schwarz-Bart nous a présenté un quintet incisif travaillant simultanément l’apport new-yorkais et guadeloupéen. Avec en prime un discours qui s’affirme et qui prend du poids, il est à l’évidence le plus américain des saxophonistes guadeloupéens, mais plus encore, le plus chaleureux des saxophonistes new-yorkais.</p>
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		<title>Zawinul on the groove</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Apr 2004 23:36:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jazz]]></category>
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		<category><![CDATA[Guadeloupe]]></category>
		<category><![CDATA[jazz]]></category>

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		<description><![CDATA[Joe Zawinul - Centre des Arts 2004 Il me fallait réécouter Miles : &#171;&#160;In A Silent Way&#160;&#187;, février 1969. Pas seulement parce que le deuxième morceau de l’album au titre éponyme est une composition de Josef Zawinul, mais parce qu’il me fallait retrouver cet espace si particulier, immensément vaste et profond. Remonter 36 ans auparavant <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/211/zawinul-on-the-groove/">Zawinul on the groove</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_213" class="wp-caption alignright" style="width: 258px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/um02.jpg"><img class="size-full wp-image-213" title="um02" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/um02.jpg" alt="um02" width="248" height="250" /></a><p class="wp-caption-text">Joe Zawinul - Centre des Arts 2004</p></div>
<p style="text-align: justify;">Il          me fallait réécouter Miles : &laquo;&nbsp;In A Silent Way&nbsp;&raquo;,          février 1969. Pas seulement parce que le deuxième morceau          de l’album au titre éponyme est une composition de Josef          Zawinul, mais parce qu’il me fallait retrouver cet espace si particulier,          immensément vaste et profond. Remonter 36 ans auparavant à          la source de ce mode qui pose l’instrumentiste face à d’innombrables          champs de possibles.</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">Il me fallait me souvenir d’un concert de 1998 au          festival de jazz de Fort-de-France, avec Etienne M’Bappé          à la basse et Paco Séry emmenant des tempos hallucinants          à la batterie. M’être intrigué devant la gestuelle          presque religieuse de cet autre &laquo;&nbsp;monstre&nbsp;&raquo; qui a joué          avec Miles, et sur lequel les yeux de tous ses musiciens sont rivés.</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">Il faut dire que l’aspect visuel dans les concerts          du Zawinul Syndicate est très présent. L’homme au          bob bigarré, communique avec ses musiciens avec des gestes qui          commandent à la fois les nuances, les niveaux sonores, et les breaks.          Le voilà au Centre des Arts, accompagné comme d’habitude          de musiciens hors pair : Manolo Badrena (percussions), fidèle compagnon          depuis Weather Report, et toujours aussi inventif. Nathaniel Townsley          (batterie), Amit Chatterjee (guitare, chant), et puis Linley Marthe (basse),          et Sabine Kabongo (chant).</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">Qu’est ce qui marque le plus ? Indéniablement,          le groove. C’est-à-dire la façon particulière          pour le rythme de générer une pulsation, de prendre racine          inexorablement dans le corps de chaque instrument, et de s’inscrire          de façon aussi inexorable dans le corps du public.</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">Le jeu de Linley Marthe n’y est pas étranger.          La marque de Jaco Pastorius via Richard Bona y est évidente mais          avec quelque chose d’encore plus percussif, de plus &laquo;&nbsp;brut&nbsp;&raquo;.          Résultat : une section rythmique extrêmement efficace qui          pose, il faudrait plutôt dire, qui enfonce avec force la scansion          des temps comme le feraient cent martèlements de pilons africains.</p>
<div id="attachment_214" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/um01.jpg"><img class="size-full wp-image-214" title="um01" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/um01.jpg" alt="um01" width="300" height="183" /></a><p class="wp-caption-text">Sabine Kabongo, Manolo Badrena - Centre des Arts 2004</p></div>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">C’est          sur ce tapis de charbons ardents que Sabine Kabongo avance son corps et          qu’elle place sa voix. Et de quelle manière ! Son timbre          oscillant entre chant de la terre et souffle d’étoile donne          à son chant toute la richesse harmonique d’un instrument          à part entière. Elle &laquo;&nbsp;déménage&nbsp;&raquo;          l’espace autour d’elle. Ses lignes mélodiques ne s&#8217;inscrivent          pas au-dessus du magma bouillonnant, comme la ligne de chant au-dessus          de la ligne de basse. Non, elles participent de son incandescence en un          dynamique travail d’incrustation dans les moindres espaces décomposés          du rythme.</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">La musique de Zawinul est une musique qui travaille le          corps de la musique. Et chaque musicien se place d’abord au service          de celle-ci. Ici point de solos interminables, point de discours superflus,          mais la sensibilité de chacun investie dans une communication et          une écoute de tous les instants. Une économie de moyens          qui n’empêche pas l’extrême sophistication de          la musique, mais qui table d’emblée sur l’efficacité          et la puissance que peut générer l’empathie entre          des musiciens ouverts les uns aux autres.</p>
<p class="texte1" style="text-align: justify;">L’émotion ne vient alors pas tant de telle          ou telle performance musicale, mais de la force qui émane d’une          telle &laquo;&nbsp;machine&nbsp;&raquo;, réglée de main de maître          par un Joe Zawinul plus que jamais &laquo;&nbsp;on the groove&nbsp;&raquo;.</p>
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		<title>Le Gourou des Immatières</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jun 2003 23:31:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Kenny Garrett - LaKasa 2003 L’une des dernières scènes du film « Matrix » montre le moment précis où Néo voit la structure interne de la matrice. Morpheus est heureux. Néo est l’élu celui qui sauvera la race humaine. Celui qui a su se débrancher d’un système aveuglant, et recouvrer la vue. Une vue perçante <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/203/le-gourou-des-immatieres/">Le Gourou des Immatières</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_204" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/garrett01.jpg"><img class="size-full wp-image-204" title="garrett01" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/garrett01.jpg" alt="Kenny Garrett - LaKasa 2003" width="300" height="210" /></a><p class="wp-caption-text">Kenny Garrett - LaKasa 2003</p></div>
<p style="text-align: justify;">L’une          des dernières scènes du film « Matrix » montre          le moment précis où Néo voit la structure interne          de la matrice. Morpheus est heureux. Néo est l’élu          celui qui sauvera la race humaine. Celui qui a su se débrancher          d’un système aveuglant, et recouvrer la vue. Une vue perçante          qui dénoue toutes les énigmes du visible. Une vue qui tient          le visible à distance. Et c’est parce qu’il sait de          quoi est fait ce visible, en l’occurrence un programme informatique,          qu’il n’est pas dupe. Il peut maintenant arrêter le          temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà en somme le pari que l’artiste doit relever à          chaque représentation : persuader le public que c’est lui          l’élu. Convaincre l’auditoire de marcher dans ses pas,          l’emmener vers des sentiers de traverse qu’il ne soupçonnait          pas, le tirer vers le lieu où le terrain s’élève,          et d’en haut lui montrer ce qu’il ne pouvait pas voir. Bref,          permettre à tous ceux qui l’écoutent d’accéder          à une autre dimension de la perception. Pas la dimension de celle          dont nous usons pour nous repaître de stimuli redondants et pauvres.          Mais une qualité de perception qui pose l’œil et l’oreille,          mais aussi le corps tout entier comme organe d’hyper réceptivité.          Tension du corps au-dessus des tensions de la musique.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce jeu de rôle, Kenny Garrett s’en sort magistralement.          Les notes sortent de son saxophone à un rythme effréné.          Malgré la vitesse, elles s’égrènent distinctement          comme un flot continu de perles.</p>
<p style="text-align: justify;">Presque violemment la musique s’impose. Mais ce n’est pas          la musique qui est violente, c’est la distance qui nous en sépare.</p>
<div id="attachment_207" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/garrett05.jpg"><img class="size-full wp-image-207" title="garrett05" src="http://bananierbleu.com/wp-content/uploads/2009/03/garrett05.jpg" alt="Kenny Garrett - LaKasa 2003" width="300" height="211" /></a><p class="wp-caption-text">Kenny Garrett - LaKasa 2003</p></div>
<p style="text-align: justify;">La          lumière du jour n’est pas aveuglante pour ceux qui se lèvent          tôt le matin et qui agissent dans sa clarté. Elle blesse          les yeux de ceux qui se sont habitués à l’instable          et faible lueur des lumières artificielles.</p>
<p style="text-align: justify;">Kenny Garrett est le dernier saxophoniste de Miles… Je revois encore          les images d’un concert live, où Miles, mâchonnant          son Chewing-gum pointe sa trompette avec micro devant le sax de Garrett.          « -Vas-y, vas-y », semble-t-il lui murmurer à mesure          que ce dernier projette dans l’espace ses notes hypnotiques. Rétrospectivement          je me suis rendu compte qu’il opérait dans le même          temps une aimantation des âmes. Que, tel un gourou des immatières,          il maintient son auditoire en lévitation à force de réitérer          les tensions.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ceux qui ont joué avec Miles ont gardé un peu de ce          « feu sacré »…</p>
<p style="text-align: justify;">Le passage de la pénombre à la lumière ne ménage          jamais la rétine. Ce qui est violent donc n’est pas tant          le passage, c’est l’écart, c’est le brusque dénuement          de nous–même devant l’évidence. Quelle évidence          ? Celle qui nous renvoie à notre propre état et qui révèle          l’instant d’un concert à la Kasa, en face de l’aveuglante          lumière, l’immense profondeur de nos leurres.</p>
<hr size="1" />Photos copyright &laquo;&nbsp;LaKasa Music&nbsp;&raquo; , prises lors du concert de janvier 2003</p>
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		<title>James Carter : Une poétique de l’audace ?</title>
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		<pubDate>Fri, 02 May 2003 23:20:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jazz]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>
		<category><![CDATA[jazz]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un éditorial précédent, j&#8217;analysais le silence comme &#171;&#160;valeur positive&#160;&#187; dans le discours musical. Cette importance donnée au silence valait pour une approche de la musique dans son aspect communicationnel. En effet tout discours, musical ou verbal, doit ménager des césures, des pauses, des respirations s&#8217;il veut communiquer efficacement. Sa compréhension est liée à la <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/198/james-carter-une-poetique-de-l%e2%80%99audace/">James Carter : Une poétique de l’audace ?</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans un éditorial          précédent, j&#8217;analysais le silence comme &laquo;&nbsp;valeur positive&nbsp;&raquo;          dans le discours musical. Cette importance donnée au silence valait          pour une approche de la musique dans son aspect communicationnel. En effet          tout discours, musical ou verbal, doit ménager des césures,          des pauses, des respirations s&#8217;il veut communiquer efficacement. Sa compréhension          est liée à la clarté, et à la façon          dont les idées sont exposées et enchaînées          les unes aux autres. Néanmoins certains discours peuvent faire          l&#8217;impasse sur les respirations quand leur production s&#8217;apparente à          une performance. C&#8217;est le cas d’un saxophoniste américain          dont l’originalité du jeu est justement basée, (comble          pour un saxophoniste) sur la quasi-abolition de la respiration.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m’a paru intéressant d’analyser d’une part,          les composantes esthétiques d’un jeu que la prise de risque          permanente ancre dans une forme d’audace, mais aussi, et à          partir de cette analyse, de questionner dans d’autres pratiques,          (musicales et plastiques) le statut de l’audace en tant que démarche          artistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Né à Détroit en 1969, James Carter est depuis un          certain temps déjà, et ce malgré son jeune âge,          une figure incontournable de la scène jazz mondiale. Sa vélocité,          sa maîtrise technique et son jeu favorisant la prise de risque maximale          ont enthousiasmé plus d&#8217;une oreille.</p>
<p style="text-align: justify;">La performance de James Carter (car c’est de cela qu’il s’agit)          est de proposer un espace sonore extrêmement dense aux formes les          plus diverses. La matière sonore est pâteuse : bec ouvert,          anches molles, le son est malléable à volonté et          l&#8217;accès à tous les registres de l&#8217;instrument facilité.          Ses solos sont des sortes de &laquo;&nbsp;endless time&nbsp;&raquo;, avec d&#8217;interminables          codas (1) (dont certaines donnent l&#8217;impression de commencer un nouveau          morceau). Bien entendu, l&#8217;homme a beaucoup de choses à dire et          son discours est extrêmement varié. La caractéristique          de sa forme est justement d&#8217;être protéiforme. Aucune assurance          pour l&#8217;auditeur d&#8217;entendre se développer une phrase sans qu’elle          soit détournée harmoniquement ou rythmiquement. Nous sommes          de facto inscrits dans une attente de l&#8217;inattendu où tout semble          possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Outre l’extrême difficulté technique que représente          l’exécution de chacun de ses morceaux, ce qui frappe tout          d’abord l’oreille, c’est la façon dont J.Carter          travaille la matière sonore. Elle se situe littéralement          à l’inverse d’une matière qui serait désincarnée.          Matière que l’on pourrait entendre, par exemple, dans l’exécution          des musiques dites «classiques».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’exécution de ces musiques en effet, la seule latitude          donnée à l’instrumentiste, ou au chef d’orchestre          pour de possibles adaptations, n’intervient que dans l’espace          restreint de l’interprétation des tempi et des nuances. En          règle générale, le son de l’instrumentiste          doit être droit c’est-à-dire le plus épuré          possible. Mêlé à d’autres, il participe à          l’édification d’une musique pré-écrite          dont les caractéristiques de musicalité dépendent          du son de l’ensemble, mais aussi de l’écriture même          de l’œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez le musicien de jazz, la musicalité est étroitement          liée à la sonorité de l’instrument. Elle est          littéralement dans le son, elle fait partie du son. Et ce qui est          développé chaque fois que l’on entend un soliste de          jazz n’est pas le résultat de la lecture d’une partition,          le plus souvent le thème est appris par cœur et il n’y          a pas de partition. Ce qui se développe doit être inventé          à chaque fois dans un déchiffrement perpétuel de          ce que l’on pourrait appeler la partition intérieure. Les          qualités musicales dépendent donc, à la fois de la          façon particulière dont l’instrumentiste prend de          la distance vis-à-vis du thème, et de la singularité          qui le caractérise quant au traitement de la matière sonore.</p>
<p style="text-align: justify;">L’expressionnisme et parfois le lyrisme dont fait preuve James Carter,          donnent la sensation que cette matière est véritablement          un matériau qu’il forge. Le son n’est jamais droit.          Il est martelé, déformé, étiré dans          sa hauteur comme dans son timbre jusqu’à la limite de la          rupture, à tel point qu’on pourrait se le représenter          comme un objet, une chose mouvante se déployant dans un espace          tridimensionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce son véhicule certes des notes, mais il le fait toujours dans          un rapport de distanciation, comme si l’on pouvait séparer          d’une part la matière sonore, et d’autre part la note          émise. Comme si la note n’adhérait plus au son, et          n’était plus qu’un épiphénomène          du son tant elle est chargée de la présence de ses harmoniques          (2) : La matière du son excède le simple son de la note,          et cette dernière ne semble jamais être délibérément          émise, mais audible presque’ accessoirement dans la transpiration          de la matière.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble retrouver ce même phénomène en peinture,          par exemple, dans la série des « women » de De Kooning.          L’intérêt de ces peintures réside, non pas tant          dans l’image de la femme que donne le peintre, ni même dans          la façon dont il les peint mais dans le rapport qu’entretient          la matière avec la forme. On pourrait même dire le rapport          qu’entretient la matière avec l’élaboration          de la forme. C’est-à-dire la façon particulière          avec laquelle finalement le sujet est rendu visible, à l’occasion          d’un travail de la matière. Comme si, le souci premier était          d’abord de rendre présent la matière, littéralement          de la présenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce rapport de distanciation que maintient J. Carter entre le son et l’audibilité          de la note, on le retrouve à une autre échelle dans son          approche générale du fait musical.</p>
<p style="text-align: justify;">Son jeu véhicule une conception de la musique non pas définie          comme une succession d’accords sur lesquels prendrait appui l’improvisation,          mais délibérément comme des champs successifs de          possibles.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses solos ne sont donc pas le fait d’un simple développement          linéaire d’une ligne mélodique ou d’une grille          harmonique. Nous avons vu précédemment combien ses codas          avaient tendance à déborder du cadre, et à devenir          des solos supplémentaires. Il faudrait plutôt entendre ses          interventions comme la mise en présence simultanée de champs          où s’entrecroisent, se construisent et se déconstruisent          des possibles différents. On pourrait les visualiser en pensant          par exemple aux dripping de Pollock. Comme les différents espaces          de coulures (de couleur différente) qui se superposent, James Carter          met en place des systèmes de logique chaque fois différents,          mais dont on ne peut que supposer l’entière progression.          Les phrases musicales s’enchaînent ou plutôt s’imbriquent          les unes dans les autres développant chacune une logique qui leur          est propre. Des nœuds de fixation agissent comme là où          dans les peintures de Pollock le pot percé s’arrête.          Ils ménagent des passages entre les différentes phrases,          ou bien sont, quand la matière s’épaissit, des zones          de départ pour un nouveau trajet. Ce que l’on entend alors          n’est pas seulement une variante du thème, ce n’est          pas non plus une seule ligne ou un seul chemin dont on suivrait avec attention          les détours. C’est plutôt un objet complexe, épais,          une forme d’une extrême variabilité dont le développement          procèderait davantage du rayonnement que du cheminement.</p>
<p style="text-align: justify;">La question de la distance est, on le voit, une question majeure dans          le traitement du sujet, qu’il soit plastique ou musical. Elle est,          en ce qui concerne le jazz, une des questions qui fonde la pratique et          qui a valeur diacritique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son discours musical James Carter nous propose également,          et de façon toujours transversale, des relectures stylistiques          et esthétiques dans des compartiments de jeu extrêmement          varié. Comme le ferait Andy Warhol ou Martial Raysse il se sert          de matériaux culturels ready made dans une sorte d’esthétique          citationnelle pour créer quelque chose de nouveau. Mais au-delà          de cette attitude post-moderniste qui relève plus du jeu que d’un          réel questionnement, il convient de se demander si la pratique          qui est la sienne, et qui repose en grande partie sur sa capacité          permanente à prendre des risques et à poser l’audace          comme un parti pris esthétique, peut servir une réelle démarche          artistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un entretien accordé à Marc Jimenez pour les cahiers          de l’IRCAM (3) et à propos des « zones de défi          » que constituaient les correspondances entre les arts, Guy Scarpetta          pose « …l’histoire de la modernité, à          l’exception des regroupements stratégiques des grands mouvements          avant-gardiste… » comme « &#8230;l’histoire d’une          spécification. Chaque art recherchant sa spécificité          de façon plus radicale (4). » Il poursuit en notant que «          Lorsque la peinture se ramène au monochrome blanc, la musique aux          plages de silence de John Cage, la poésie aux trois ou quatre mots          dispersés sur la page blanche, il est impossible d’être          plus radical,(…) et d’aller plus loin dans cette logique.          (5)» Plus loin qu’une simple esthétique citationnelle,          le nouveau défi à relever selon Scarpetta, serait de l’ordre          de « l’interrogation des intersections, des confrontations          des zones où les arts différents peuvent se défier          et se contaminer. (6)»</p>
<p style="text-align: justify;">Il paraît évident que depuis longtemps, certaines pratiques          ont intégré ces problématiques. Il n’y a qu’à          voir le travail scénographique de Bob Wilson ou les films de Peter          Greenaway pour comprendre comment le pictural se mêle au théâtral          et au filmique.</p>
<p style="text-align: justify;">Actuellement les œuvres se déclinent de plus en plus sous          la forme multimédia, mais ceci ne garantit pas nécessairement          une prise de risque particulière. Ce qui, à mon avis constitue          une des composantes majeures d’une esthétique actuelle, c’est          la présence de l’humour dans l’œuvre. Et dans          ce registre je voudrais m’arrêter sur le travail pictural          de Thierry Alet.</p>
<p style="text-align: justify;">Jeune plasticien guadeloupéen (qui doit avoir le même âge          que James Carter) ayant pris le parti de vivre à New York pour          développer son travail. Thierry Alet propose des peintures dont          l’une des facettes est de faire souvent preuve d’humour et/ou          d’une certaine provocation. Deux aspects de sa pratique me semblent          significatifs du thème que nous abordons ici : L’humour et          l’audace.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier aspect, relatif à l’humour, correspond à          une période de son oeuvre où il réalise une série          de peintures représentant chacune une tête fendue d’un          large sourire. Ces têtes sont peintes sur de grandes toiles carrées          non préparées, dans une facture très libre et avec          une grande économie de moyen.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui déroute le spectateur au premier abord c’est le rapport          de proportion entre la bouche et le reste de la tête. Cette bouche          largement ouverte occupe exagérément la surface du visage,          et exprime un sourire niais qui semble résulter d’un morphing          surdimensionné.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier temps ces toiles donnent envie de sourire. Mais petit          à petit le doute et l’embarras s’installent au point          qu’on finit par se demander si en fait d’un sourire du spectateur          en face de ces toiles, ce n’est pas l’inverse qui se produit.          Bien vite, en effet, nous ne rions plus tant l’exagération          quasi-paroxysmique de cette figure la fait apparaître comme une          sorte de rictus inquiétant. Manifestement ces têtes qui rient          n’ont pas été peintes dans le seul but d’amuser          la galerie. Bien au contraire, quand on analyse leur facture, on remarque          qu’elles sont traitées de façon très distanciée.          La matière de la couleur est assez sèche, presque à          la limite d’un « graphisme pictural », le tout brossé          sans superposition de couches. De plus le dessin de la tête occupe          la quasi-totalité de la toile, elle-même de grand format          (200 x 200cm environ). Il en résulte une ambiguïté          entre l’extrême prégnance de ces figures du rire, et          le détachement avec lequel elles apparaissent sur la toile. Comme          si, dans le même temps qu’elles se montraient avec évidence,          elles offraient une forme de résistance à toute réduction          simpliste de leurs enjeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le deuxième aspect de la pratique de Thierry Alet que je voulais          aborder concerne l’exposition qu’il a réalisée          à Paris, à la Galerie JM Art, rue Quincampoix pendant les          mois d’octobre et de novembre 2002. Cette exposition intitulée          « La Guerre » met en scène des peintures manuscrites          d’après les discours de Georges W. Busch et de Oussama Ben          Laden ; discours prononcés lors des évènements du          11 septembre 2001. Les textes des discours sont peints en rouge ou inscrits          dans la matière rouge de la toile. Mais ils ne contentent pas de          remplir tout l’espace de la toile. Ils débordent du cadre          et se répandent sur les murs de la galerie comme autant de lignes          d’écritures sans fin, comme un geste qui ne se résoudrait          pas à circonscrire son développement à l’intérieur          d’un schéma spatial défini.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès 1999, Thierry Alet réalise plusieurs fresques manuscrites          dans la ville de Fort-de-France en Martinique. Il recopie sur des murs          désaffectés de la ville ou de maisons abandonnées,          des portions de textes du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé          Césaire. Mais il ne reste pas fidèle à la mise en          page et à l’espacement des mots entre eux. Il opère          une suppression systématique des blancs qui séparent ordinairement          les mots, annule les respirations entre les lignes, entraînant ainsi          une incapacité à lire les textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Acte subversif s’il en faut, il s’approprie un matériau          culturel ready made fort (il fera de même pour Pigments de Léon          Gontrand Damas) qu’il présente non pas comme un acte littéraire,          mais d’abord comme un acte pictural. Les mots (mais le sont-ils          encore) recouvrent les murs dans une scansion de la couleur qui replace          le texte comme simple prétexte à la peinture. Comme ces          peintures occupent de grands espaces, le texte perd de sa logique linéaire          pour n’être qu’une succession dense de signes. Et l’expérience          d’un tel espace se situe d’emblée comme l’appréhension          d’un champ à la lecture multidirectionnelle que d’une          lecture unidirectionnelle d’un déploiement linéaire.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, et en réponse au questionnement de l’audace          comme possible fondement d’une démarche artistique, il apparaît          difficile de conférer une quelconque valeur artistique à          un comportement qui ne peut être que contextuel. L’acte, l’attitude,          la posture audacieuse ne l’est que par rapport à une donnée          précise ou à un contexte identifiable. La portée          des œuvres qu’expose Thierry Alet serait nulle si les tours          du World Trade Center étaient encore debout. La prise de risque          permanente de James Carter n’en sera plus une dès qu’un          autre saxophoniste aura repoussé les limites qu’il avait          atteintes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’audace n’est donc pas une valeur en soi. Tout au plus peut-elle          fonctionner comme valeur ajoutée de l’œuvre dans un          contexte historique et politique donné. Elle peut qualifier des          attitudes ou des comportements qui n’auront de toute façon          qu’une pertinence limitée dans le temps et dans l’espace.</p>
<p style="text-align: justify;">Là où semble-t-il, l’audace peut constituer un élément          de permanence de l’œuvre c’est quand elle apparaît          dans l’œuvre sous forme d’énigme. C’est-à-dire          sous une forme de résistance irréductible de l’œuvre          à toute analyse ou à tout détournement.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le cas par exemple du sourire de La Joconde dont la nature          mystérieuse interroge le regard et d’une certaine manière          empêche que l’on puisse tomber d’accord à son          propos. C’est le cas du Sacre du Printemps de Stravinsky dont la          création en 1913, provoqua l’émeute chez un public          qui ne comprenait pas « pourquoi le compositeur avait abandonné          l’imagerie fantastique de L’Oiseau de feu et de Petrouchka          (1911), au profit d’un horrible primitivisme (7). »dont la          rapide transformation esthétique et stylistique entre 1911 et 1913,          intrigue encore aujourd’hui. C’est le cas également          de certains tableaux de Renoir dont ceux visibles au musée de L’Orangerie          où les parties les plus belles sont celles qui semblent ne pas          avoir été vraiment « peintes. Le cas de toutes ces          œuvres ou portions d’œuvres qui semblent s’être          constituées par delà le geste créateur, comme une          sorte d’occurrence inéluctable.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;">(1) Mouvement sur lequel s’achève un morceau de musique.          Petit Robert.<br />
(2) En acoustique, le son harmonique est un son supplémentaire          dont la fréquence est un multiple entier de la fréquence          fondamentale. Petit Robert.<br />
(3) In «InHarmoniques » n°5, d’un art à l’autre          les zones de défi , ouvrage collectif, IRCAM, Centre Georges Pompidou,          éd. Christian Bourgeois, juin 1989.<br />
(4) Marc Jimenez, « Entretien avec Guy Scarpetta », in InHarmoniques          n°5, IRCAM, Centre Georges Pompidou, éd. Christian Bourgeois,          juin 1989.<br />
(5) Ibid.<br />
(6) Ibid., p.11.<br />
(7) Jann Pasler, « Musique et spectacle dans Petrouchka et Le Sacre          du printemps », in InHarmoniques n°5, IRCAM, Centre Georges          Pompidou, éd. Christian Bourgeois, juin 1989.</p>
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		<title>Richard Bona à LaKasa</title>
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		<pubDate>Fri, 10 May 2002 23:14:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Guadeloupe & Martinique]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Guadeloupe]]></category>
		<category><![CDATA[jazz]]></category>

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		<description><![CDATA[S&#8217;habituer. S&#8217;habituer à écouter cette musique de l&#8217;effleurement qui émerge juste au-dessus du silence. Richard Bona est accompagné par un clavier. Etienne Stadjwick. Et cela suffit pour qu&#8217;advienne la Musique. Dès les premières notes on est saisi par la délicatesse du jeu. Aucun excès. Mais une plage d&#8217;interventions qu&#8217;au fil des morceaux on devine sans <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/193/richard-bona-a-lakasa/">Richard Bona à LaKasa</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">S&#8217;habituer.<br />
S&#8217;habituer à écouter cette musique de l&#8217;effleurement qui          émerge juste au-dessus du silence.</p>
<p style="text-align: justify;">Richard Bona est accompagné par un clavier. Etienne Stadjwick.          Et cela suffit pour qu&#8217;advienne la Musique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès les premières notes on est saisi par la délicatesse          du jeu. Aucun excès. Mais une plage d&#8217;interventions qu&#8217;au fil des          morceaux on devine sans bornes. Les doigts caressent, pincent, slapent          les cordes, laissant découvrir par endroits le spectre de Jaco          Pastorius.</p>
<p style="text-align: justify;">Le public, bien que sous le charme, reste un peu circonspect devant cette          réserve dans le jeu car rien n&#8217;est sacrifié sur l&#8217;autel          de la démonstration. Tout ce qui donné en pâture à          l&#8217;oreille est d&#8217;une extrême finesse, tant dans le jeu que dans la          façon dont sont amenés les différents climats.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Richard Bona est aussi un show-man ! Il parle au public. Mieux,          il le fait intervenir dans le spectacle : des instruments à imiter          assignés à différentes parties de la salle, et voilà          une salsa improvisée a cappella.</p>
<p style="text-align: justify;">Les morceaux s&#8217;enchaînent. Pas de répertoire strictement          établi, Bona joue à la demande. La voix est délicate          avec un timbre cristallin presque irréel.</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de la performance musicale que constitue toujours une          prestation en duo, la rencontre avec la musique de Richard Bona est marquante          parce que profondément humaine. On découvre l&#8217;homme, d&#8217;une          gentillesse et d&#8217;une simplicité extrêmes (la marque des grands&#8230;).          La musique émane de lui comme une aura presque palpable. Mais elle          ne s&#8217;arrête pas aux sons émis. Elle plane au-dessus et entre          nous, construit des univers, défait et refait le monde, instillant          au plus profond de nous la poétique de Richard Bona, profonde et          sincère.</p>
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		<title>Vers une poétique de la discontinuité</title>
		<link>http://bananierbleu.com/190/vers-une-poetique-de-la-discontinuite/</link>
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		<pubDate>Mon, 01 Apr 2002 23:13:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jazz]]></category>
		<category><![CDATA[Ut musica poesis]]></category>
		<category><![CDATA[musique]]></category>

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		<description><![CDATA[Saian Supa Crew aux victoires de la musique. Une présence un peu décalée face à une assemblée un peu BCBG. Un groupe qui visiblement fait tâche. Une victoire pour Saian Supa Crew, des remerciements et des pensées à tous les potes en prison. C&#8217;est aussi une victoire sur la marginalisation de la population des banlieues <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/190/vers-une-poetique-de-la-discontinuite/">Vers une poétique de la discontinuité</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Saian Supa Crew aux victoires de la musique. Une présence un peu          décalée face à une assemblée un peu BCBG.          Un groupe qui visiblement fait tâche.</p>
<p style="text-align: justify;">Une victoire pour Saian Supa Crew, des remerciements et des pensées          à tous les potes en prison. C&#8217;est aussi une victoire sur la marginalisation          de la population des banlieues dont la présence à ce genre          de manifestation eut été impensable il y a quelques années.          Big up donc pour les Saian !</p>
<p style="text-align: justify;">Vient le moment de la prestation.<br />
Chorégraphie au point. Les textes jouent sur la discontinuité.          Break. Toast seul ou à deux. Break. Voix off. Rythmique décalée          : l&#8217;exercice prosodique sonne comme un solo de batterie en porte à          faux. Le tout dégage une force tellement attractive qu&#8217;il génère          son propre système de référence. Nous sommes plongés          dans un univers rythmique, ou plutôt arythmique puisque la pulsation          qui sert de base aux performances vocales est systématiquement          interrompue.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous est donné à entendre n&#8217;est pas de l&#8217;ordre d&#8217;un          discours musical dont on pourrait apprécier tel ou tel enchaînement          d¹accords. Saian Supa Crew développe plutôt une esthétique          du collage que l&#8217;on pourrait qualifier de dadaïste, tant dans la          forme que dans le fond. Le discours est structuré comme un assemblage          ou plutôt une apposition de boucles différentes. Chaque boucle          développe une idée, c&#8217;est à dire un schéma          rythmique ou un style d&#8217;intonation de la voix.</p>
<p style="text-align: justify;">Musique ou pas musique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Saian exprime pourtant une poétique nouvelle où la mise          à distance du réel passe par l¹égale mise à          distance des règles convenues de la musique. En proposant de nouveaux          systèmes métriques, systèmes en l&#8217;occurrence &nbsp;&raquo;          asymétriques &nbsp;&raquo; et discontinus, ce groupe ne fait pas autre          chose que d&#8217;aller au-delà d&#8217;une certaine prose univoque du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Direct et sans détours, il n&#8217;y a de fioritures ni dans leur discours          ni dans leur support musical. Il y a par contre une réelle adéquation          entre la teneur des propos et l&#8217;architecture musicale qui les sert. Bref,          tout ce qui fait la pertinence et la profondeur d&#8217;une réelle démarche          artistique.</p>
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		<title>Apologie de la prolixité</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2001 23:11:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Jazz]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans mon intervention précédente, j&#8217;analysais le silence comme &#171;&#160;valeur positive&#160;&#187; dans le discours musical. Cette importance, d&#8217;ailleurs toute relative, valait pour une approche de la musique dans son aspect communicationnel. En effet tout discours musical ou verbal, s&#8217;il veut communiquer efficacement, doit ménager des césures, des pauses, des respirations. Sa compréhension est liée à sa <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/187/apologie-de-la-prolixite/">Apologie de la prolixité</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans mon intervention précédente, j&#8217;analysais le silence          comme &laquo;&nbsp;valeur positive&nbsp;&raquo; dans le discours musical. Cette importance,          d&#8217;ailleurs toute relative, valait pour une approche de la musique dans          son aspect communicationnel. En effet tout discours musical ou verbal,          s&#8217;il veut communiquer efficacement, doit ménager des césures,          des pauses, des respirations. Sa compréhension est liée          à sa clarté, et à la façon dont les idées          sont exposées et enchaînées les unes par rapport aux          autres. Néanmoins certains discours peuvent faire l&#8217;impasse sur          les respirations quand leur production s&#8217;apparente à une performance.          C&#8217;est le cas à mon avis de deux musiciens et d&#8217;un groupe : James          Carter, Viktor Wooten et dans une autre mesure, GuadaNostra.</p>
<p style="text-align: justify;">Le saxophoniste James Carter est depuis un moment déjà,          et ce malgré son jeune âge, une figure incontournable de          la scène jazz mondiale. Sa vélocité, sa maîtrise          technique et son jeu toujours &laquo;&nbsp;sur le fil&nbsp;&raquo; ont enthousiasmé          plus d&#8217;une oreille.</p>
<p style="text-align: justify;">La performance de James Carter est de proposer un espace sonore extrêmement          dense aux formes les plus diverses. Sa matière est pâteuse          : bec ouvert, anches molles, le son est malléable à volonté          et l&#8217;accès à tous les registres de l&#8217;instrument facilité.          Ce qui est sûr, c&#8217;est qu&#8217;avec Carter, les anches passent un &laquo;&nbsp;sale          quart d&#8217;heure&nbsp;&raquo;. Je l&#8217;ai vu en 1998 au festival de jazz de la Martinique          changer d&#8217;anche à chaque solo ! Ses solos sont des sortes de &laquo;&nbsp;endless          time&nbsp;&raquo;, avec d&#8217;interminables codas (dont certaines donnent l&#8217;impression          de commencer un nouveau morceau). Bien entendu, l&#8217;homme a beaucoup de          choses à dire. Mais son discours n&#8217;est jamais ennuyeux parce qu&#8217;extrêmement          varié. La caractéristique de sa forme est d&#8217;être justement          protéiforme. Aucune assurance pour l&#8217;auditeur d&#8217;entendre se développer          une phrase sans détournement harmonique ou rythmique. Nous sommes          <em>de facto</em> inscrits dans une attente de l&#8217;inattendu. Tout est possible,           ou du moins rien n&#8217;est impossible&#8230; (à suivre&#8230;)</p>
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		<title>La peur du silence</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2001 23:09:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Joséphine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Jazz]]></category>
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		<description><![CDATA[La musique, un silence orné de notes. Voilà une affirmation qui pose bien, à mon sens, une des problématiques musicales fondamentales devant laquelle tout musicien a du ou devra interroger sa pratique. C&#8217;est aussi le postulat que le silence préexiste à la musique, et qu&#8217;en quelque sorte, elle doit se faire autour et à partir <p>Lire la suite de l'article <a href="http://bananierbleu.com/184/la-peur-du-silence/">La peur du silence</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La musique, un silence orné de notes. Voilà une affirmation          qui pose bien, à mon sens, une des problématiques musicales          fondamentales devant laquelle tout musicien a du ou devra interroger sa          pratique. C&#8217;est aussi le postulat que le silence préexiste à          la musique, et qu&#8217;en quelque sorte, elle doit se faire autour et à          partir de lui. Poser le silence comme point de départ de la musique          paraît évident. Avant le concert, le silence est le moment          intercalé entre le moment du bruit, et le moment de la musique.          C&#8217;est l&#8217;apnée du temps qui contient tous les possibles. C&#8217;est surtout          l&#8217;attention de l&#8217;auditoire suspendue à la venue de la première          note.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais là où le silence suscite la peur, outre la peur de          commencer, c&#8217;est à l&#8217;intérieur de la musique. Parce qu&#8217;il          est souvent associé au vide, le silence est ce qu&#8217;il faut combler          à tout prix. Or le silence n&#8217;est pas le vide. Tout au contraire          du vide, qui nie ou annule toute velléité de vie, c&#8217;est-à-dire          de mouvement, le silence est l&#8217;immanence de toute vie non encore manifestée.          Il est arrêt du mouvement et non pas inexistence de mouvement. Intégré          dans le discours musical, et d&#8217;ailleurs dans tout discours, il ménage          les césures, les poses qui donneront sens (en tous cas sur le plan          formel) à ce qui est dit.</p>
<p style="text-align: justify;">La peur du silence c&#8217;est la peur de n&#8217;avoir rien à dire. Autrement          dit, l&#8217;urgente nécessité de toujours dire quelque chose.          Comme si l&#8217;absence de notes signifiait la mort de la musique.</p>
<p style="text-align: justify;">A mon sens, c&#8217;est l&#8217;inverse qui se produit. Le silence, quand il intervient          comme respiration donne vie à la musique, maintient l&#8217;auditoire          dans l&#8217;attente : il le contraint à écouter, c&#8217;est-à-dire          à ressentir l&#8217;inéluctabilité de chaque note.</p>
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